Ane

Voici bien longtemps, dans une lointaine contrée, vivait un âne de robe claire, accompagné d'un minuscule oiseau. Tous deux étaient aussi tristes que la remise dans laquelle ils vivaient.
Chaque jour, l'âne travaillait dur, pour une piètre récompense, et ne voyait que la meule à grains qu'il tournait et la terre pierreuse qu'il foulait.

Le soir, le petit oiseau lui racontait tout ce qu'il avait vu là-haut, et l'âne lui racontait une histoire de sa grand-mère, au sujet d'un bébé, d'une étable, et de...rois... Mais de cette histoire, il ne se souvenait que de bribes.

Un jour, des étrangers arrivèrent, prirent le petit âne et dirent : "Le Maître a besoin de lui". Le petit oiseau les suivit en voletant. Les étrangers emmenèrent l'âne jusqu'à un endroit où un homme, grand, attendait, entouré d'une douzaine de compagnons..

L'homme monta sur l'âne et tous se mirent en route vers la ville. C'était un jour de fête, la foule était en liesse, excitée. Lorsqu'ils virent la petite procession, les gens commencèrent à l'acclamer et subitement crièrent : "Voici Jésus, notre nouveau Maître, notre Roi arrive, Hosanna ! ".

Ils arrachèrent des branches de palmier qu'ils agitaient tels de grands drapeaux et commencèrent à en joncher la route. Quelques-uns étalaient leurs toges à terre.

Le petit âne portait sa charge avec fierté, d'un coeur léger. Le petit oiseau virevoltait, chantant de joyeuses mélodies, dans une explosion de bonheur.

Quand la nuit vint, ils se reposèrent dans une cour d'étable. Mais ils entendaient des bruits effrayants, des cris de soldats, de furieuses querelles, des bruits de bagarre, et aussi beaucoup de chuchotements ça et là.

Il y avait de la bonne nourriture, de l'eau fraîche, mais nos deux amis semblaient oubliés, et plus le temps passait, plus ils désiraient rentrer chez eux. Finalement, ils s'aventurèrent dans les rues, mais la foule avait déserté la ville, devenue noire et presque menaçante

Ils marchèrent loin de la ville et arrivèrent à un endroit horrible : une colline dénudée, et au sommet de celle-ci, trois grandes croix. Sur la croix du milieu, à la grande horreur de nos amis, était crucifié le Maître, une couronne d'épines enfoncée dans la tête.

Le petit oiseau, rempli de compassion, vola encore et encore pour retirer les épines. A la fin, sa poitrine était maculée de sang. Le petit âne, quant à lui, pleurait et protestait contre une telle cruauté.

A cet instant le ciel s'assombrit, le tonnerre gronda et un immense éclair illumina le ciel, jetant un voile noir sur les animaux. Pendant une seconde, l'homme sur la croix sembla fixer ses deux amis avec amour, mais les soldats arrivèrent avec des épées et leur lancèrent des insultes pour les faire fuir.

Tristement, cahin-caha , l'âne et l'oiseau reprirent le chemin de leur maison. "Je t'envie, dit l'âne à l'oiseau, tu as aidé le Maître, et tu en portes la marque sur tes plumes".

A cet instant, le petit oiseau, qui volait au-dessus de l'âne, aperçut, imprimée par l'éclair sur son dos, l'ombre de la grande croix. "Toi aussi" cria-t-il, toi aussi tu portes la marque ! "

C'est depuis ce jour que tous les rouges-gorges ont la poitrine rouge et que chaque âne porte la croix sur son dos, afin de montrer que pas une créature n'est trop petite ni trop humble pour servir le plus grand roi.


Joan Mayburry, traduit par Odile de Coligny